Coup de chaud sur les 100km de Belves

Récit de course: 100km de belves

Mon programme 2018 est assez simple: participer à tous les 100km route de France. Pour commencer, j’attaquais donc l’année avec le mythique 100km de Belvès. Tout ne s’est pas passé comme prévu…

Une période pré-compétitive en petite-forme

La semaine qui précède les 100 bornes, je ne suis pas au mieux de ma forme. D’abord parce que j’ai eu la bonne idée de m’endormir la bouche grande ouverte en direction de la clim, dans l’avion qui m’a ramené du marathon d’Ibiza. Résultat: une bonne crève, dont je m’occupe dès mon retour à la maison.

Mais j’enchaîne avec… les allergies. Le pollen déborde de partout sur la capitale, et je me fait un bon rail de pollens régulièrement, shoot coupé à la pollution, bien entendu. Donc, l’organisme en prend un coup. Mais je reste confiant, je suis solide, et je me convaincs que le changement d’air me permettra de respirer normalement de nouveau.

En route pour Belvès

Après avoir coaché mon élève vendredi matin, je file directement chez Charles-Antoine. Si vous suivez un peu l’actualité d’AtleticRUN, vous saurez qu’il est diététicien et formateur à l’Institut de l’Alimentation Bio. Nous avons mis en place un partenariat qui s’inscrit dans le cadre du programme Bon Sens Alimentaire de l’IAB et qui permet aux coureurs de trails longs et d’ultra-trails de bénéficier d’un encadrement complet, avec le suivi d’un diététicien pendant la préparation, en complément du suivi du coach (il paraît même que ce dispositif serait étendu pour les préparations marathon…).

Charles-Antoine sera mon accompagnateur qui me suivra pendant toute ma course, en vélo. Il charge son engin dans mon coffre, puis nous filons pour Belvès. Pendant le long voyage, nous discutons de notre manière de fonctionner pendant la course. Il est interdit de se faire ravitailler entre les zones définies (environ tous les 5km) et comme il fait très chaud, il faut s’organiser pour que j’évite la déshydratation.

Nous arrivons à Belves vers 19h. Je récupère mon dossard puis nous nous rendons à 50km du départ; c’est ma famille qui nous accueille ce soir.

Arrivés sur place, nous préparons nos affaires pour le lendemain. Nous dînons dans la bonne humeur puis nous essayons de nous coucher pas trop tard, avant 23h.

Le lendemain, le réveil sonne à 5h30. Le petit déjeuner englouti, nous nous préparons chacun dans notre coin, chacun ayant sa tâche à accomplir. Puis Charles-Antoine prend le volant pour nous emmener, moi et son vélo, à Belvès.

Après un peu moins d’une heure de route, nous arrivons au charmant village. Charles-Antoine prépare son vélo puis nous nous dirigeons vers la ligne de départ. Avant qu’il ne me quitte, nous prenons une photo devant un magnifique lever de soleil.

Premier départ

Charles-Antoine part avec tous les accompagnateurs vélo. Ils seront positionnés après le 10ème kilomètre du parcours. Pendant ce temps, je profite pour aller une dernière fois aux toilettes. Puis je retrouve Jérôme; enfin, c’est plutôt lui qui m’interpelle. Nous nous suivons mutuellement sur Instagram, et pendant la prépa, nous avons forcément sympathisé.

Nous discutons de nos derniers jours de prépa et de nos ressentis du jour. Nous sommes d’accord pour dire que nous sommes prêts, mais que la météo risque de nous malmener.

Plus que quelques minutes avant le départ…

Départ du 100km de Belvès

Le compte à rebours débute. Je souhaite bonne course à Jérôme et je m’élance derrière le groupe des licenciés FFA qui partent avant moi au coup de feu de départ. En effet, Belvès reçoit les championnats de France, et seuls les licenciés sont en lice.

Notre parcours débute par une petit tout du village avant de commencer la grande boucle de ce 100km. Je trouve rapidement mon rythme. Puis j’accélère légèrement à la sortie du village car le dénivelé est négatif. De plus, les températures sont encore idéalement fraîches; autant en profiter.

Le décor est magnifique. Un air d’été plane sur le circuit. Je viens de quitter l’effervescence du village, bondé de supporters et accompagnateurs matinaux pour le calme de la campagne. C’est agréable…

Sur la route, je suis interpelé par William, un ami de Philippe alias Pink Runner. Nous faisons connaissance et nous discutons un peu. Je retiendrai surtout qu’il a la chance d^’etre un véritable chameau, et qu’il est prêt à faire face à la chaleur annoncée du jour. Moi, le ch’ti, je suis beaucoup moins confiant que lui.

En effet, le matin même, les commissaires de course ont exceptionnellement autorisé les accompagnateurs à ravitailler les coureurs en dehors de la zone de ravitaillement pour cette édition. Ca s’annonce chaud…

Nous approchons de Siorac-en-Périgord. C’est après une petit tour dans le village que nous retrouvons nos accompagnateurs vélo. Charles-Antoine est au rendez-vous, juste au niveau du pont qui passe au-dessus de la Dordogne. L’endroit est magnifique. Et les accompagnateurs qui attendent leur coureur nous applaudissent à notre passage. C’est sport, c’est beau!

KM11: l’équipe au complet

Je donne à Charles-Antoine ma ceinture porte-gourde. Les deux fioles de 250ml sont vides. Je bois un peu de la boisson énergétique d’une des gourdes rangées dans le panier du vélo. Je lui fait le point un peu sur mes sensations. Jusque là, je suis confiant.

L’air est encore frais, mes sensations et pulsations sont plus que bonnes. Je déroule mon allure cible tranquillement. Je m’enferme doucement dans cette routine rythme pas le bruit régulier de mes pas qui frappent le bitume. Charles-Antoine filme et discute avec moi. Ca passe le temps. Il apprécie le paysage, les fesses posées sur la selle.

Nous longeons la Dordogne avant de traverser Saint-Cyprien. Le soleil tape déjà après seulement 2 heures de course et je profite de l’ombre dès qu’elle se présente pour profiter de la fraicheur.

A la sortie du village, nous retrouvons une départementale. Là, la circulation n’est pas arrêtée, et les voiture circulent dans les deux sens. Les voitures et camions nous doublent, alors que nous occupons la droite de la voie. J’essaie de faire abstraction, Charles-Antoine se positionne comme il peut pour me protéger des véhiculent qui souhaiteraient me doubler de trop prêt.

10h: plus d’air frais

Après 24km et 2h de course, l’air fais à disparu, laissant place à un air chaud qui alourdit les rayons du soleil qui pèsent sur les épaules. Je remonte les manches courtes de mon t-shirt.

Je me suis installée dans un processus d’hydratation, timé par Charles-Antoine: toutes les 5 min, une à deux gorgées de boissons énergétiques, tous les 15min, de l’eau avec des électrolytes, régulièrement, de l’eau pour m’asperger la tête et le dos. A partir de la 3ème heure de course, je commence également à prendre des BCAA toutes les heures. Côté solide, j’ai droit à des boules énergétiques préparées et cuisinées par Charles-Antoine himself. C’est délicieux, et j’en mange une demi toutes les heures.

Au KM35 et après 3h de course, l’air est vraiment chaud. Je ralentis l’allure. Pas besoin de me mettre en surchauffe non plus. L’objectif est avant tout de finir pour aujourd’hui.

Nous passons par la Roque-Gageac, charmant petit village au bord de la Dordogne, bien exposé au soleil, avant de traverser la rivière et de se retrouver à l’ombre. Je sens l’air chargé de la fraicheur de l’eau effleuré ma peau. C’est agréable. Mais de courte durée.

Nous avons également des petits tapes-cul à passer par moment. Cela annonce l’approche de la moitié du parcours, qui annonce une petite montée de 150m de dénivelé.

Je prends la décision de m’arrêter au ravitaillement de mi-parcours pour permettre de baisser ma température, les sensations ne sont pas au beau fixe. Charles-Antoine part à l’avant pour préparer tout ce dont je peux avoir besoin pour récupérer au mieux et au plus vite.

KM50: arrêt au stand

Après 4h25 de course, j’arrive au ravitaillement de mi-parcours. Je m’allonge sur le bitume à l’ombre pour trouver de la fraîcheur. Charles-Antoine me donne une gourde froide que je me glisse entre les jambes selon ses recommandations, pour faire baisser ma températures. Je bois, je récupère. On profite de ce moment. Mon accompagnateur est au petit soin pour moi et me masse les mollets.

Après 8min d’arrêt, je me remets en route. La machine est difficile à remettre en route, mais je trouve mon rythme. Nous reprenons la course sur un chemin boisé, et donc à l’ombre. Les sensations ne sont plus là, je dois me concentrer pour m’avancer à courir. Je suis ainsi pendant 4km avant de retrouver ma tante et ma cousine, qui sont venues m’encourager. Je m’assois à leurs côtés et je discute avec elles. Elles ne me voient pas sous mon meilleur jour. Mais je les rassure. Sur le long, il y a souvent des coups de moins bien qui finissent par passer.

Je repars, reboosté après avoir vu mon fan club familial.

Mais quelques km plus loin, c’est toujours aussi compliqué. Je fais la check list dans ma tête des raisons de ces mauvaises sensations. Je me dis qu’il fait chaud, que je dois refaire descendre la température du nordiste que je suis. Et je pense à ces recommandations de sommeil sur les ultra-trails. Les siestes rapides permettent de retrouver l’éveil, mais ont la capacité de reposer et rebooster au niveau physique. Avec Charles-Antoine, nous trouvons un endroit pas trop mal pour que je m’installe et que je me fasse un petit somme. Il me masse à nouveau les jambes puis je lui demande de me réveiller au bout de 15 minutes

KM58: petite sieste sur le parcours

Je ne m’endors pas mais je somnole un peu. Au bout de 10 min, je décide de repartir. Les jambes sont un peu dures comme du bois au départ, mais progressivement, je revis. Le sensations reviennent, le rythme aussi. Ca fait du bien au moral. Charles-Antoine semble surpris de ce second souffle.

Je cours sur un rythme régulier, confiant. Je remonte progressivement différents coureurs. Le bitume reflète une chaleur étouffante. J’imagine une banquise réfléchissant un froid polaire pour leurrer mon cerveau. Charles-Antoine aussi souffre de ces chaudes températures. Je lui demande juste d’arrêter d’en parler, pour me permettre de penser à mes ours polaires et mes igloos.

Je cours ainsi pendant une quinzaine de kilomètres. Je suis content, car je me dis que maintenant, plus rien ne pourra m’empêche d’aller jusqu’à la ligne d’arrivée. Et je reste concentré pour avancer pas après pas vers cette ligne tant convoitée.

KM72: descente aux enfers

Nous arrivons ainsi après 7h de course au ravito du KM72. Je m’arrête un instant à l’ombre d’un arbre, ma cousine et ma tante sont à nouveau là. Pas de mauvaises sensations, j’ai juste envie de rebaisser un peu ma température et souffler. Je regarde mes chaussures, les semelles fument! Je demande confirmation à ma cousine, pour être sûr de na pas halluciner, elle acquiesce. C’est fou!

Je bois un peu, je discute et je blague comme à mon habitude puis je me lève pour repartir. Soudain, je me sens nauséeux et un mal de crâne se fait sentir. Je marche puis je m’arrête, pensant vomir sur le côté de la route. Mais rien ne sort. Je me remets à courir et j’ai juste l’impression d’être un vieillard qui n’avance pas. Je me dis qu’il faut laisser mon corps se remettre en route. Je fais deux kilomètres ainsi puis je m’arrête à nouveau. Charles-Antoine, me regarde, impuissant. Je m’allonge et j’essaie de me reposer. Nausées et maux de tête sont là, impossible de m’en débarrasser. Jérôme m’interpelle. Il vient de me doubler et m’a reconnu. Je l’encourage de loin, mais je reste allonger.

Quelques minutes plus tard, je me relève. Je propose à Charles-Antoine de marcher, ce qui fait en poussant son vélo. J’essaie à plusieurs reprises de repartir en courant mais c’est impossible. Je n’ai pas faim, ni soif. Ca ne me dit rien du tout.

Même marcher me devient difficile. Je dois m’arrêter régulièrement.

Je trouve un petit coin d’ombre un peu plus loin. Je décide de m’y arrêter. Après avoir fait le point, nous sommes d’accord avec Charles-Antoine que j’ai un coup de chaud. Dans ce cas, sois je poursuis et les 25 derniers km sont un calvaire, et je finis dans un sale état, tout en mettant du temps ensuite à m’en remettre, sot j’arrête là.

KM75: abandon

Après 75km de course et 8h de course, je décide d’arrêter. Pour moi, la course doit rester un plaisir. J’aime les défis et mon objectif et de repousser sans ses mes limites. Mais je ne veux en aucun cas les dépasser et mettre en péril ma santé. Je connais mes limites, je viens d’y faire fasse. Je sais que je ne tolère pas le chaleur, et je suis déjà plutôt fier d’avoir réussi à courir 75km avec cette chaleur. 38° degrés ont d’ailleurs été enregistrés à certains endroits du parcours. Quand je pense qu’il y a pile un mois, je faisais l’ascension du Gros Crey par -12°c. Ca fait une différence de 50°c en près de 30 jours!

Je découvrirai un peu plus tard que la température enregistrée par montre est montée au moment de mon abandon à 39,7°c, ce qui confirmera que mon corps était en surchauffe.

J’appelle ma famille pour qu’elle vienne me chercher en voiture. Je fais désormais de presque la moitié des coureurs qui ont abandonné ce samedi.

Après avoir profité de la climatisation de la voiture, je retrouverai l’envie de boire une heure après avoir arrêté de courir. L’envie de manger réapparaîtra au bout de 3h. Cela confirme que j’ai pris la bonne décision, dans les conditions de course, mon état aurait empiré.

Je reste un peu déçu, forcément, de ne pas avoir bouclé la course, mais cela me donne une motivation d’y retourner l’année prochaine.

Ma vidéo des 100km de Belvès

Charles-Antoine a réalisé quelques vidéos pendant la course. J’en ai profité pour vous faire un compte-rendu vidéo illustré de ma course.

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Remerciements

Merci à Charles-Antoine et à l’Institut de l’Alimentation Biologique pour leur confiance et leur partenariat sur ce projet qui s’intègre à AtleticRUN.

Merci à ma famille pour son accueil et ses encouragements (et de ne pas m’avoir laissé sur le parcours lors de mon abandon).

Merci aux organisateurs, aux bénévoles mais aussi aux accompagnateurs en vélo qui ont eux aussi subi cette « canicule » printanière.

Enfin, bravo à tous les coureurs, notamment ceux qui ont su finir, et plus particulièrement à Jérome pour avoir bouclé son premier 100 bornes dans de telles conditions.

2 commentaires

  1. Superbe récit et magnifique vidéo. Quel courage et ténacité, t’as vraiment repoussé au maximum le moment de ton abandon. Mega respect. Perso j’ai déjà du mal à boucler un marathon!

  2. salut Greg,

    tu as bien fait d’arrêter, le coup de chaleur ça peut être mortel dans une très grande proportion des cas quand il est avéré.

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