L’Échappée Belle 2026 : Louis Calais et Manon Bohard Cailler domptent une Belledonne déchaînée
Pendant quatre jours, Belledonne a rappelé qu’ici, rien ne se gagne facilement. Du 20 au 23 août, la 14e édition de L’Échappée Belle a offert aux 2 796 coureurs engagés une traversée particulièrement exigeante, entre pluie, froid, brouillard et vent. Dans ces conditions, les performances de Louis Calais sur l’Intégrale et de Manon Bohard Cailler chez les femmes prennent encore davantage de relief. Mais cette édition 2026 raconte aussi une autre histoire : celle d’une organisation capable de s’adapter à la montagne et celle d’un nouvel itinéraire en Maurienne qui pourrait bien ouvrir un nouveau chapitre de l’événement.
Belledonne n’avait pas décidé de faire de cadeaux
L’Échappée Belle, c’est déjà sur le papier une sacrée aventure. Traverser Belledonne entre Vizille, en Isère, et Aiguebelle, en Savoie, demande de la caisse, de la patience et une vraie capacité à encaisser les kilomètres de montagne.
En 2026, les éléments ont décidé d’ajouter une difficulté supplémentaire.
Pluie, froid, brouillard et vent ont accompagné les coureurs et contraint l’organisation à modifier plusieurs parcours. Le départ de l’Intégrale a notamment été décalé et le passage par la Croix de Belledonne supprimé. La Skyrace du Rocher Blanc a elle aussi dû être disputée sur un parcours de repli.
À mes yeux, c’est aussi ce qui fait l’identité de L’Échappée Belle. Ici, la montagne reste prioritaire sur le chrono. Quand les conditions deviennent trop compliquées, il faut savoir modifier le parcours plutôt que de chercher à tout prix à préserver le tracé initial.
Et cette année, les coureurs ont été servis.
Louis Calais frappe fort sur l’Intégrale
Sur l’Intégrale, Louis Calais a livré une prestation qui risque de rester dans les mémoires.
Le coureur s’impose en 21h02’59, après avoir parcouru 148,2 km et 11 176 m D+ sur le tracé 2026. Parti vendredi matin de Vizille, il rejoint Aiguebelle samedi à 5h05.
La course n’a pourtant pas été un cavalier seul dès les premières heures. Calais a dû composer avec plusieurs concurrents, dont Ludovic Pommeret. Mais progressivement, le futur vainqueur va prendre le dessus.
Le tournant intervient autour du 70e kilomètre. Louis Calais accélère et parvient à créer un écart suffisamment important pour ne plus être rejoint.
Derrière lui, Ludovic Pommeret termine deuxième en 22h17’49, soit un peu plus d’une heure après le vainqueur. Joris Buchot complète le podium en 24h27’31.
Pour Louis Calais, déjà vainqueur cette année de l’Ultra-Terrestre à La Réunion, cette victoire vient confirmer une progression particulièrement rapide. Il explique avoir « tout donné » parce qu’il savait Ludovic Pommeret très fort dans les montées.
Une déclaration qui résume assez bien le scénario de cette Intégrale : sur un parcours aussi technique, impossible de gérer son effort comme sur une course roulante. Il faut accepter de se faire mal, tout en restant concentré sur chaque appui.
Le podium hommes de l’Intégrale
- Louis Calais – 21h02’59
- Ludovic Pommeret – 22h17’49
- Joris Buchot – 24h27’31
Ludovic Pommeret deuxième, mais pas résigné
Pour Ludovic Pommeret, la deuxième place a forcément une saveur particulière. Le triple vainqueur de la Hardrock 100 faisait partie des grands favoris et a longtemps été au contact de Louis Calais.
Mais le Savoyard reconnaît sans détour la supériorité de son adversaire.
La difficulté de cette édition ne se mesurait d’ailleurs pas uniquement au dénivelé. La concentration nécessaire pour progresser pendant plus de 20 heures sur un terrain aussi minéral représente une véritable dépense mentale.
Et c’est probablement l’une des caractéristiques que l’on oublie parfois lorsqu’on regarde simplement les chiffres d’une course. 148 km et plus de 11 000 m D+, ce n’est pas seulement une succession de montées et de descentes. C’est une succession de décisions, d’appuis et de relances pendant toute une nuit.
Manon Bohard Cailler confirme chez les femmes
Chez les femmes, Manon Bohard Cailler a également marqué cette édition.
Elle remporte l’Intégrale en 28h11’50, avec plus de trois heures d’avance sur la troisième concurrente.
Son début de course n’a pourtant rien eu d’une promenade de santé. Le froid, la pluie et des problèmes digestifs viennent perturber sa traversée. Mais lorsque les conditions s’améliorent et que le soleil apparaît dans la montée de la Valloire, la Française retrouve progressivement ses sensations.
La course prend alors une autre dimension. Dans la montée du Morétan, effectuée de nuit, elle progresse avec plusieurs autres concurrents. L’ultra retrouve alors ce qui fait aussi son charme : une aventure individuelle qui devient parfois collective lorsque la montagne impose son rythme.
À l’arrivée, son émotion est à la hauteur de la performance. Manon Bohard Cailler inscrit son nom au palmarès d’une course qu’elle décrit comme authentique et splendide.
Le podium femmes de l’Intégrale
- Manon Bohard Cailler – 28h11’50
- Charlotte Allain – 31h00’08
- Marine Cavillon – 31h14’35
À noter également la quatrième place de Sandrine Béranger, marraine de cette première édition et multiple vainqueure de L’Échappée Belle.
Plusieurs records tombent malgré les conditions
L’Intégrale n’a pas été la seule à offrir de belles performances.
Sur la Traversée Nord, Clément Cantan s’impose en 13h44’27 pour sa première saison de trail. Il devance Pierre Rivet et Louis Dulin.
Chez les femmes, Valentine Bourgeois réalise une performance encore plus marquante en remportant l’épreuve en 16h24’17 et en battant le record du format. Elle termine avec 2h41 d’avance sur Flora Jacopin.
Le Parcours des Crêtes, long de 63 km, voit Matis Leray s’imposer en 7h37’12, tandis que Marie Janod remporte la course féminine en 9h10’27.
Sur le Maratrail, Édouard Thouvenin réalise une démonstration en 4h04’14. Caroline Berthet gagne chez les femmes en 5h18’40, au terme d’une course particulièrement serrée.
Enfin, la Skyrace du Rocher Blanc, ramenée à 20 km et 1 400 m D+ pour des raisons de sécurité, offre un sprint final spectaculaire. Rémi Cantan devance Eliott Robin-Saje de seulement 1’10 » pour s’imposer en 1h44’10.
Chez les femmes, la Slovaque Tereza Smelikova remporte l’épreuve en 2h07’14, devant la Belge Joke Descheemaeker et la Néerlandaise Rens Nijman.
Une précision importante sur les performances de 2026
Il faut toutefois éviter de comparer directement les chronos de l’Intégrale 2026 avec ceux des éditions précédentes.
Le parcours a été modifié cette année. La base vie, habituellement installée au Pleynet, a été déplacée à Fond-de-France, ce qui a entraîné la suppression d’environ 2 km et 190 m D+. Surtout, le passage par la Croix de Belledonne a été supprimé en raison des conditions météorologiques.
Les 148,2 km et 11 176 m D+ de l’édition 2026 constituent donc bien les caractéristiques du tracé de cette année, mais les temps réalisés ne peuvent pas être considérés comme directement comparables aux records établis sur les parcours précédents.
Le Défi de Maurienne ouvre une nouvelle voie
Cette édition 2026 ne se résume pourtant pas aux cinq formats historiques.
L’Échappée Belle a profité de cette 14e édition pour lancer le Défi de Maurienne, imaginé avec Explore Maurienne.
Le concept est différent : pendant trois jours, des équipes de deux coureurs partent à la découverte de la Maurienne entre Saint-Jean-de-Maurienne et Aiguebelle.
Au total, environ 124 km et 8 700 m D+ ont été proposés sur les trois étapes.
La météo a là encore imposé une adaptation sur la première journée, mais les deux étapes suivantes ont pu être maintenues dans leur intégralité.
Et surtout, le suspense a été réel jusqu’au bout. Seulement 3’41 séparent les deux premières équipes au classement général.
Le FUGA Mountain Club, composé de Jérémy Goguet et Aurélien Jacoutot, s’impose en 16h12’46, devant L’Échappée de Fuga, Elwan Mehl et Rémi Gillie, en 16h16’27.
Bagastyle, avec Robin Coinus et Benjamin Postaire, complète le podium en 16h29’20.
Mais au-delà du classement, ce nouveau format apporte quelque chose de différent à L’Échappée Belle : une découverte plus progressive du territoire et une dimension collective particulièrement intéressante.
800 bénévoles pour faire vivre l’aventure
Derrière les classements, il y a une autre statistique que je trouve au moins aussi importante : 800 bénévoles ont participé à l’organisation de cette édition.
Ravitaillements, postes en montagne, balisage, accueil, logistique, sécurité, villages de départ et d’arrivée… Sur une épreuve de cette ampleur, les bénévoles sont partout.
Et dans une édition marquée par des conditions météo difficiles, leur rôle prend encore davantage d’importance.
C’est aussi ce qui permet à L’Échappée Belle de conserver cette sensation de course profondément humaine. Les coureurs ne traversent pas simplement un massif entre deux lignes de départ et d’arrivée. Ils sont accompagnés pendant des heures par des bénévoles qui affrontent eux aussi le froid, la pluie et les horaires décalés.
Une 14e édition qui confirme la place de L’Échappée Belle
Avec 2 796 participants, 25 pays représentés et 10 % de participants étrangers, L’Échappée Belle continue de grandir sans perdre ce qui fait son caractère.
Cette édition 2026 aura été particulièrement révélatrice de l’identité de l’épreuve. Une montagne difficile, des conditions météorologiques imprévisibles, des parcours adaptés lorsque cela était nécessaire et des performances de haut niveau.
Louis Calais et Manon Bohard Cailler repartent avec la victoire sur l’Intégrale. Mais derrière les podiums, c’est surtout une aventure collective qui s’est une nouvelle fois dessinée entre l’Isère et la Savoie.
Et avec l’arrivée du Défi de Maurienne, L’Échappée Belle semble désormais vouloir raconter une histoire encore plus large autour de la montagne alpine.
Rendez-vous en 2027 pour la prochaine traversée de Belledonne.
Les chiffres clés de L’Échappée Belle 2026
- 14e édition
- 20 au 23 août 2026
- 2 796 coureurs et coureuses
- 610 partants sur l’Intégrale
- 55 % de finishers sur l’Intégrale
- 485 partants sur la Traversée Nord
- 510 partants sur le Parcours des Crêtes
- 528 partants sur le Maratrail
- 190 partants sur la Skyrace
- 36 équipes sur le Défi de Maurienne
- 216 participants à L’Échappée Étoilée
- 121 pacers
- 25 pays représentés
- 800 bénévoles
- Jusqu’à 148,2 km et 11 176 m D+ sur l’Intégrale 2026










Commentaires
Laisser un commentaire