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Ligue ULTRA : quand l’ultra-trail se donne des airs de « Grand Tour »… à Tahiti

Le 9 janvier 2026 , mis à jour le 9 janvier 2026 - 5 minutes de lecture
Ligue Ultra: une finale à Tahiti

Le trail, cette discipline à la croisée de l’effort solitaire et de l’immersion en pleine nature, a connu ces dernières années une explosion de popularité. De simple course locale empruntant des sentiers de montagne, il est devenu un phénomène global, avec des circuits internationaux, des milliers d’inscrits et une couverture médiatique accrue. C’est dans ce contexte que la Ligue ULTRA, annoncée pour 2026, entend fédérer quatre ultras majeurs en France autour d’un circuit inédit, avec une finale… à Tahiti, en Polynésie française.

Le principe est simple : compléter les quatre ultra-trails de la Ligue en deux ans pour décrocher sa place à la grande finale du Tahiti Moorea Ultra Trail, parcours de 115 km encore secret, ou obtenir un des Golden Tickets via un podium sur une des courses. Le circuit comprend quatre épreuves françaises d’environ 160–172 km chacune : la Western Azuréenne, le Trail de Haute Provence, le Tiger Balm Ultra 01 et le Grand Grand Raid Kiprun 3 Vallées – Moûtiers.

Sur le papier, l’ambition est double : proposer un challenge de très haut niveau et renforcer le sentiment d’appartenance à une communauté d’ultra-traileurs, avec même une expérience VIP via la « Box Ligue ULTRA » . L’événement promet aussi une visibilité accrue grâce à une diffusion dans l’émission « Trail 360 » sur Canal+.

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Une vision sportive old-school aux conséquences écologiques lourdes

Si l’initiative peut séduire les compétiteurs avide d’objectifs fédérateurs, elle illustre aussi une vision encore largement conventionnelle et datée de la course à pied, où la performance et l’exclusivité l’emportent sur les impératifs environnementaux actuels.

Une finale à Tahiti : symbole d’une empreinte carbone gigantesque

Organiser une finale à Tahiti, si exotique et attirante soit-elle, pose une question directe : quelle logique écologique sous-tend ce choix ? Les pratiquants et le public devront se déplacer sur de longues distances, très souvent en avion. Or, plusieurs travaux montrent que le transport des participants représente la presque totalité des émissions carbone d’un évènement sportif : dans les courses de trail, ce poste peut atteindre plus de 80 – 90 % du bilan total, principalement à cause des trajets longue distance en avion ou en voiture.

Des études académiques soulignent que même dans des événements « responsables » comme les Jeux Olympiques de Paris 2024, les émissions liées aux voyages ont constitué plus de la moitié du total, malgré des efforts pour réduire l’impact global.

Dans ce contexte, promouvoir une grande finale française de l’autre côté de la planète est difficile à justifier sur le plan climatique : chaque vol intercontinental génère une empreinte carbone équivalente à une grande part de l’empreinte annuelle d’un individu. Des cas précis montrent qu’un simple voyage transatlantique à l’occasion d’un marathon peut représenter plus de 80 % du bilan carbone personnel annuel d’un coureur.

Une position conservatrice face à une discipline en transition

La Ligue ULTRA s’inscrit dans une logique de compétition élitiste et médiatique, loin de la réflexion environnementale qui gagne du terrain dans le trail. L’exemple de l’UTMB, souvent critiqué pour son impact, illustre la prise de conscience progressive : la majorité des émissions y sont liées aux déplacements, amenant les organisateurs à favoriser les transports collectifs ou des itinéraires recommandés pour réduire l’empreinte carbone.

Alors que certains acteurs du trail intègrent désormais des objectifs de réduction des émissions, mettent en place des modalités de transport plus durables ou encouragent les courses locales pour limiter les distances parcourues, le modèle proposé par la Ligue ULTRA semble s’affranchir de ces préoccupations.

Pourquoi créer une telle compétition ? Ambition ou manque de vision ?

Derrière l’annonce de la Ligue ULTRA se cachent plusieurs motivations :

  • Créer un circuit prestigieux et fédérateur pour dynamiser la saison sportive française.
  • Offrir des objectifs ambitieux tant pour amateurs que pour élites, avec une récompense spectaculaire.
  • Augmenter l’audience médiatique du trail via une narration feuilletonnante et une finale dans un lieu hors du commun.
  • Renforcer les partenariats commerciaux autour d’une marque nouvelle et d’expériences VIP.

Ces intentions, légitimes dans une optique de développement du sport, entrent cependant en tension frontale avec les défis environnementaux actuels. À une époque où le sport nature, et le trail en particulier, revendique une pratique en harmonie avec les milieux sensibles, promouvoir un modèle qui encourage des déplacements internationaux massifs semble contre-intuitif. La contradiction entre la célébration de la nature et l’impact carbone des grandes compétitions est désormais un débat central chez les acteurs du trail.

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Un appel à repenser le modèle

Plutôt que d’adopter une approche « à l’ancienne », tournée vers le spectacle et l’exotisme à tout prix, les organisateurs gagneraient à intégrer dès la conception des critères de durabilité :

  • favoriser des finales régionales ou continentales pour limiter les distances parcourues ;
  • encourager des solutions de transport collectif ou bas-carbone ;
  • mesurer et publier des bilans carbone complets ;
  • inciter les participants à des comportements responsables.

Ce n’est pas une règle immuable que les courses restent locales ou de proximité, mais dans un monde confronté à l’urgence climatique, réconcilier performance sportive et respect de l’environnement n’est plus un choix, mais une nécessité.

En résumé, la Ligue ULTRA est une initiative ambitieuse et porteuse d’objectifs sportifs forts, mais son choix d’une finale à Tahiti et d’un format fédérateur sans considération environnementale intégrée illustre une vision du trail qui reste ancrée dans des pratiques datées, malgré les enjeux climatiques contemporains. Pour que le trail continue d’être porté comme un sport en communion avec nature, il est urgent de repenser ces formats avec un œil critique, et responsable.

Greg Runner

A la fois routard et traileur, ce touche-à-tout du running et du trail partage sa passion et son expertise dans ce domaine. Vous le retrouverez ainsi sur des courses aussi variées que des 10km de villages, le semi de Paris, le marathon d'Ibiza ou encore l'UTMB et le Marathon des Sables...

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