UTMB 2026 : revis la folle semaine qui a fait vibrer le Mont-Blanc
Pendant une semaine, le Mont-Blanc devient le centre du monde du trail. Mais pour comprendre ce qui s’est vraiment joué à Chamonix en 2026, il ne suffit pas de regarder le classement de l’UTMB. Il faut remonter quelques jours plus tôt, lorsque la TDS affronte la pluie et le froid, que les jeunes de la YCC prennent leurs premiers repères et que la CCC livre déjà des batailles au couteau. Puis vient l’UTMB, son départ retardé par les orages, sa nuit, ses favoris qui tombent et ses deux nouveaux rois. Retour sur une semaine où le trail aura rarement aussi bien porté son nom.
Lundi : la montagne donne immédiatement le ton
La semaine commence avec la PTL. 300 km et 25 000 m de D+ autour du Mont-Blanc. Ici, on ne parle déjà plus simplement de course, mais d’expédition collective.
Pendant que les premiers concurrents s’engagent dans leur longue traversée, la météo rappelle que le massif reste le patron. La semaine sera humide, parfois froide, avec du vent en altitude. Les conditions vont rapidement devenir l’un des acteurs principaux de cette édition.
Sur la TDS, justement, la nuit de lundi à mardi va être particulièrement difficile. Pluie intense, boue et températures proches de 0°c en altitude : les kilomètres ne se gagnent plus seulement avec les jambes.
Deux favoris, Louison Coiffet puis Clovis Chaverot, abandonnent. Devant, Remy Brassac en profite pour prendre les commandes et finira par s’imposer en 19h28 devant Pierre-Adrien Hivert.
Mais la véritable sensation arrive quelques heures plus tard.
Mardi : Sarah Vieuille frappe très fort sur la TDS
145 km et 9 500 m de D+. Sur une TDS rendue encore plus exigeante par les conditions nocturnes, Sarah Vieuille réalise une performance qui dépasse largement le simple classement féminin.
La Française de 41 ans remporte la course en 22h08 et termine neuvième au classement scratch, hommes et femmes confondus. Une performance rare : depuis 2017, aucune femme n’avait intégré le top 10 de la TDS.
Derrière elle, Alice Meignié prend la deuxième place.
Et pendant que les derniers coureurs de la TDS rejoignent Bourg-Saint-Maurice, la relève commence déjà à prendre possession de Chamonix.
Mercredi : la relève et un trail qui cherche à grandir


La YCC The Revenge réunit les 200 meilleurs jeunes issus de la première étape disputée à Courmayeur. Manon Rousseau et Basile Astier s’imposent chez les juniors.
Mais l’édition 2026 marque aussi une évolution importante : les cinq premiers concurrents âgés de 16 à 18 ans sont soumis pour la première fois à un contrôle antidopage, avec un dispositif adapté aux mineurs.
Le message est clair : le haut niveau se prépare tôt et l’organisation veut installer une culture de la performance responsable dès les catégories jeunes.
Pendant ce temps, la machine UTMB accélère. Les élites arrivent à Chamonix. Les fan zones se remplissent. Les caméras se mettent en place. Les bénévoles prennent leurs postes.
Et dans l’ombre, tout un autre peloton se prépare.
Ils sont 17 camrunners à parcourir les sentiers à pied ou en VTT pour alimenter les retransmissions. Au total, 70 personnes participent à la production depuis Chamonix, pour 75 heures de programmes.
Jeudi : l’OCC ouvre le bal des finales
8h15. Orsières. 60 km et 3 500 m de D+ jusqu’à Chamonix.
La chaleur est cette fois au rendez-vous, avec près de 30°C en vallée. Un contraste saisissant avec la nuit glaciale de la TDS.
Chez les hommes, Frédéric Tranchand connaît chaque caillou des derniers kilomètres. Il décide donc de ne pas attendre. Le champion du monde de trail court 2025 et champion d’Europe 2026 prend les devants et résiste jusqu’à Chamonix pour s’imposer en 5h10.
Chez les femmes, le scénario est beaucoup plus fou.
Lauren Gregory, qui découvre la distance, remonte Sara Alonso puis Naomi Lang. Elle s’impose en 6h08 après un final haletant.
Mais ce n’est pas seulement une histoire de chrono. Sur l’OCC, Pol Makuri Redolad Garcia, atteint de paralysie cérébrale, termine en 10h53 pour sa troisième participation. Le trail montre aussi qu’il peut devenir un terrain d’expérimentation pour rendre la montagne accessible à davantage de coureurs.
Vendredi : la CCC joue les prolongations pendant que l’UTMB attend
La journée commence à Courmayeur sous la pluie et les rafales de vent.
La CCC, 106 km et 6 400 m de D+, offre une bataille particulièrement ouverte. Chez les hommes, Cristian Minoggio remonte progressivement vers la tête avant de s’imposer en 10h21.
Chez les femmes, Yngvild Kaspersen construit sa victoire patiemment. Partie derrière Miao Yao et Toni McCann, elle revient sur ses adversaires et prend finalement la tête pour gagner en 12h01.
Mais le moment le plus improbable de la journée arrive en fin d’après-midi.
La météo oblige l’organisation à repousser le départ de l’UTMB. Il faudra attendre 19h45, alors que le parcours est également modifié et ne passe finalement pas par les Pyramides calcaires.
Et pendant que les futurs coureurs de l’UTMB patientent, les meilleurs de la CCC arrivent encore à Chamonix.
La scène est presque irréelle : deux courses majeures se croisent sous l’arche.
Pendant ce temps, la PTL touche à sa fin. Les frères Jules-Henri et Candide Gabioud bouclent leur septième participation en 89 heures.
Vendredi soir : Ben Dhiman décide de ne pas attendre
174 km. 9 700 m de D+. Une nuit entière autour du Mont-Blanc.
Ben Dhiman n’a visiblement pas envie de laisser la moindre place au suspense. L’Américain, deuxième en 2025, impose son rythme dès les premiers kilomètres. Il se retrouve rapidement seul et décide de continuer à courir à son rythme, sans se préoccuper de ses poursuivants. La stratégie fonctionne à merveille. Il traverse la nuit en patron et revient à Chamonix après 18h16 de course.
Derrière lui, Baptiste Chassagne réalise lui aussi une course exceptionnelle en 18h47. Caleb Olson arrache la troisième place pour moins d’une minute, en 18h48.
Le scénario est radicalement différent de celui de l’an dernier pour Dhiman. Cette fois, il ne veut pas subir la course. Il la prend en main.
Et puis Blandine L’Hirondel écrit une nouvelle page de l’histoire

Chez les femmes, l’histoire est encore plus forte. Blandine L’Hirondel était annoncée diminuée avant le départ. Elle n’avait donc pas forcément le profil de la favorite que l’on attendait à l’avant.
Pourtant, dès les premières difficultés, la Française est là. Elle se retrouve aux côtés de Rachel Entrekin, puis creuse progressivement l’écart au fil de la nuit. À l’arrivée, elle s’impose en 21h54, devant l’Américaine en 22h15 et Emily Schmitz en 22h17. Mais surtout, Blandine L’Hirondel réalise quelque chose de rarissime.
Après ses victoires sur l’OCC en 2021 et la CCC en 2022, elle devient la deuxième femme à réaliser le triplé sur les finales UTMB World Series, après Ruth Croft. Elle rejoint également Xavier Thévenard parmi les rares athlètes à avoir remporté les trois finales.
Il aura fallu dix ans pour revoir une Française gagner l’UTMB. La dernière était Caroline Chaverot en 2016.
Derrière les stars, une autre histoire s’écrit




Pendant que Dhiman et L’Hirondel écrivent l’histoire au sommet de la hiérarchie mondiale, d’autres coureurs écrivent la leur, loin des podiums.
Mathilde Durand arrive à l’UTMB avec une histoire personnelle qui dépasse largement le trail. Après des années difficiles, elle a découvert la course à pied et progressivement la montagne. Pour elle, courir autour du Mont-Blanc représente une forme de reconstruction et une manière de tourner une page.
D’autres avancent avec un handicap.
Jonathan Naboulet et son équipe en joëlette tentent de franchir l’UTMB dans les barrières horaires. Julien Veysseyre vise lui aussi un défi inédit avec une prothèse tibiale.
Le projet HOPE va encore plus loin avec quatre participants en fauteuil roulant qui s’engagent sur le parcours pour tester les adaptations nécessaires et démontrer que la montagne peut devenir accessible au plus grand nombre.
Et puis il y a ceux que personne ne voit
Une semaine comme celle-ci ne tient pas uniquement grâce aux élites.
Aux Contamines-Montjoie, 140 bénévoles se relaient pour organiser la circulation, les transports et les fan zones. Les équipes médicales comptent 64 infirmiers, 39 médecins et une soixantaine de secouristes, sans oublier les kinés et les podologues.
Et derrière les derniers coureurs, les fermeurs avancent. Jean-Cyrille coordonne plus de 70 personnes entre la France, l’Italie et la Suisse. Leur mission est simple sur le papier : s’assurer qu’à la fin de la course, plus personne ne se trouve sur les sentiers. En réalité, ils accompagnent les derniers coureurs pendant des heures, parfois après plus de 130 km de course.
Une semaine qui dépasse largement un classement
Alors oui, Ben Dhiman est le roi de l’UTMB 2026. Oui, Blandine L’Hirondel a écrit une nouvelle page de l’histoire française. Oui, Tranchand, Kaspersen, Vieuille, Minoggio et tous les autres vainqueurs ont offert une magnifique leçon de trail. Mais réduire cette semaine aux podiums serait passer à côté de l’essentiel.
Il y a eu la pluie et le froid de la TDS, la chaleur de l’OCC, le suspense de la CCC, le départ retardé de l’UTMB, la jeunesse de la YCC, les 300 km de la PTL, les fan zones, les bénévoles, les soignants, les fermeurs et tous ces coureurs venus chercher leur propre victoire. C’est peut-être pour cela que l’UTMB continue de fasciner.
Pendant quelques jours, autour du Mont-Blanc, chacun court sa propre histoire. Et lorsque le dernier coureur franchit enfin l’arche de Chamonix, une chose est certaine : la semaine est terminée, mais la légende, elle, vient encore de prendre quelques kilomètres.













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