Récits de Course

J’ai couru sur l’autoroute et le viaduc de Millau : mon récit de la Course Eiffage Viaduc de Millau 2026

Le 15 septembre 2026 , mis à jour le 15 septembre 2026 - 10 minutes de lecture
Recit de course viaduc de millau 2026

Le 13 septembre 2026, j’ai couru une course que je ne suis pas près d’oublier. Pas vraiment pour le chrono, même si je termine finalement en 1h46’40 », mais surtout pour l’expérience : 23,7 km, 390 m de dénivelé positif et surtout près de 5 km sur l’autoroute A75, dont un aller-retour sur le viaduc de Millau. Un parcours impossible à reproduire sur une course classique, puisque l’autoroute est exceptionnellement fermée à la circulation pour permettre aux coureurs de s’y installer. Pour cette 8e édition, près de 10 000 participants étaient au rendez-vous.

Millau, le viaduc et une course pas comme les autres

Mon dossard m'attend dans la chambre d'hôtel
Mon dossard m’attend dans la chambre d’hôtel

Invité par l’agence North, je rejoins Millau depuis Clermont-Ferrand. Environ deux heures et demie de route, puis direction l’hôtel où m’attendent mon dossard et quelques goodies posés sur le lit.

La veille de la course, je retrouve les autres influenceurs et journalistes invités pour découvrir Millau. Nous montons notamment jusqu’au beffroi, qui permet de prendre un peu de hauteur et surtout de mieux comprendre ce qui nous attend le lendemain.

De là-haut, le viaduc de Millau apparaît dans toute sa longueur. Et vu d’en face, il faut bien avouer qu’il impressionne. L’ouvrage mesure 2 460 mètres de long et son point culminant atteint 343 mètres au-dessus du sol. Le tablier, qui porte l’A75, se trouve lui à environ 270 mètres au-dessus de la vallée du Tarn.

Mais ce que je commence surtout à visualiser, c’est le profil de la course. Après environ 5 km plutôt roulants le long du Tarn, il faut grimper sous le viaduc avant de rejoindre l’autoroute. Puis viennent 2,46 km dans un sens, un demi-tour et 2,46 km dans l’autre. Ensuite, il faut redescendre vers Millau.

Autrement dit : ce n’est pas simplement une course sur un pont. C’est un parcours de 23,7 km avec une vraie stratégie à adopter.

Une ambiance Eiffage avant même le départ

Vue du Viaduc de Millau depuis le beffroi
Vue du Viaduc de Millau depuis le beffroi

La Course Eiffage du Viaduc de Millau est aussi un énorme rendez-vous pour le groupe Eiffage. La veille au soir, nous participons à la pasta party organisée pour les salariés. L’ambiance est particulièrement conviviale et, surtout, très internationale.

Cette année, 1 845 collaborateurs Eiffage étaient inscrits parmi les participants.

Mais à 21h30, tout le monde regagne son hôtel. Demain matin, il faudra courir.

Je me réveille avant même que le réveil sonne. Petit-déjeuner vers 6 heures, avec les athlètes élites également présents dans l’hôtel, puis retour dans ma chambre pour préparer mes affaires.

Je n’ai pas d’objectif chronométrique précis. Cela fait seulement un mois que j’ai réellement repris l’entraînement et je n’ai plus fait de course sur route depuis longtemps. Sur ce profil atypique, je me dis simplement que 2h15 serait une base raisonnable.

9h0 : un départ dans un « mur rouge »

Avec Margaux, on fait les malins dans le sas de départ
Avec Margaux, on fait les malins dans le sas de départ

Les départs sont organisés en plusieurs vagues. Pour cette édition, le départ est donné à partir de 9 heures, avec les différentes vagues qui s’enchaînent ensuite.

Je me retrouve dans le sas Eiffage, au milieu de très nombreux coureurs portant le fameux maillot rouge du groupe.

Notre départ est lancé après celui des élites femmes, puis des Elites hommes. Après avoir franchi la ligne, dès les premiers mètres, je comprends que le problème ne sera pas de partir trop vite. Ce sera de pouvoir partir tout court.

Le niveau des coureurs présents dans notre sas est extrêmement hétérogène. Au moment où je franchis la ligne, je me retrouve face à un véritable mur rouge constitué par les collaborateurs Eiffage, en rouge, qui font bloc. Je dois slalomer pendant près de 500 mètres avant que le peloton commence à s’étirer.

À partir du premier kilomètre, je peux enfin courir normalement. Le parcours est roulant, les sensations sont bonnes et le viaduc apparaît progressivement dans mon champ de vision.

Je sais qu’il va falloir le rejoindre, mais je ne veux surtout pas y arriver déjà entamé.

KM5 : dans la montée, je décide de marcher

Après environ 5 km, les choses sérieuses commencent. La montée vers le viaduc se fait notamment par une succession de lacets sous les piles de l’ouvrage. Cette partie du parcours n’est pas particulièrement longue, mais elle arrive suffisamment tôt pour constituer un premier piège.

Ma stratégie est très simple : ne pas dépasser mon seuil cardiaque. Dès que je l’atteins, je marche.

Ce n’est pas forcément spectaculaire, mais je préfère perdre quelques secondes dans la montée plutôt que de me mettre dans le rouge avant même d’arriver à la moitié du parcours.

Premier ravitaillement, un verre d’eau, un peu d’eau sur la tête et je repars. Puis je découvre enfin le viaduc dans son intégralité.

KM9 : 3 % pendant 2,46 km : le viaduc n’est pas plat

C’est probablement le détail que l’on oublie quand on regarde cette course de l’extérieur. Le viaduc paraît parfaitement plat. Il ne l’est pas.

Le tablier présente une pente d’environ 3 %, suffisamment pour rendre l’aller beaucoup plus exigeant qu’une simple ligne droite de 2,46 km. Et pendant que je cours, je le ressens clairement.

Je suis autour de 4’30/km puis 4’55/km. Je ralentis progressivement. Le vent, qui peut être un véritable facteur sur le viaduc, est finalement peu présent ce jour-là. C’est une vraie chance !

Je garde donc volontairement des forces.Parce que je sais qu’à un moment, il va falloir faire demi-tour. Et qu’après le demi-tour, le reste du parcours va être très différent.

Le passage sur le viaduc est évidemment le moment fort de la course. Courir sur une autoroute habituellement réservée aux voitures est déjà assez improbable. Le faire sur le viaduc de Millau, avec la vallée du Tarn environ 270 mètres plus bas, donne une sensation assez difficile à reproduire ailleurs. Et le paysage aveyronnais est à couper le souffle.

Puis arrive le demi-tour. Et là, je lâche les jambes.

KM12 : du 3’30/km dans la descente

Sur la retour du viaduc, je vole
Sur la retour du viaduc, je vole

Je n’ai pas fait l’aller en cherchant à battre un record de traversée. Je voulais conserver suffisamment de fraîcheur pour cette deuxième partie. Le calcul fonctionne. Dès que la pente s’inverse, je peux accélérer franchement. Les jambes se mettent à tourner toutes seules et je descends par moments autour de 3’30/km !

Je croise maintenant les coureurs qui montent en sens inverse. De mon côté, l’espace entre les concurrents est devenu beaucoup plus important.

Je quitte finalement l’autoroute et le viaduc après un peu plus de 15 km de course.

Après le viaduc, la course n’est pas finie

La descente du viaduc laisse des traces. Le parcours devient casse-pattes avec plusieurs montées et descentes. Je marche dans une nouvelle bosse lorsque mon cardio monte trop haut, puis je relance immédiatement sur le plat.

La deuxième partie est globalement descendante sur près de 5 km. Il y a même quelques passages plus irréguliers, notamment autour du 19e kilomètre.

Dans la descente, je me penche légèrement vers l’avant et je laisse les jambes travailler dans la descente. C’est précisément pour cela que j’avais décidé de gérer le début de course.

Sur le moment, je ne regarde pratiquement pas mon chrono. Je cours aux sensations. Et les sensations sont bonnes.

Jusqu’à ce que les crampes commencent à pointer le bout de leur nez.

À moins d’un kilomètre de l’arrivée, je décide d’accélérer

Vers les 22-23 km, je commence à sentir l’arrière de la cuisse gauche et les mollets se contracter. La crampe n’est plus très loin. Il reste moins d’un kilomètre. Plutôt que de ralentir, je prends une décision un peu paradoxale : accélérer. Je serre les dents et j’essaie de maintenir l’allure. Finalement, les sensations désagréables disparaissent.

Puis le public devient de plus en plus présent. J’entends mon prénom, les encouragements s’intensifient et le parcours nous ramène vers le parc de la Victoire. Je vois l’arche. J’accélère encore. Et je franchis la ligne.

Je coupe ma montre. 1h46’40 ». Je regarde l’écran et je crois immédiatement qu’il y a un problème. Je n’ai pas regardé le chrono une seule fois pendant la course. Je vérifie l’heure : 10h47.

C’est bien ça.J’ai couru 23,7 km en 1h46’40 ». Je n’arrive pas à le croire !

297e sur près de 8 000 arrivants

Photo finish : je suis 297e au classement général et surtout super content !
Photo finish : je suis 297e au classement général et surtout super content !

Je termine finalement 297e au classement général, sur 7 804 coureurs classés, et 24e de ma catégorie Master 2.

Mais le chiffre qui m’intéresse presque davantage est celui de ma progression au fil de la course. J’ai gagné 13 places sur la première moitié du parcours. Puis 82 sur la seconde.

La stratégie était donc plutôt bonne : gérer la montée et le viaduc, puis utiliser mes qualités dans la descente.

Le chrono de traversée du viaduc confirme d’ailleurs cette approche. Je suis loin d’être parmi les plus rapides sur cette portion, avec une 363e place. Mais ce n’était absolument pas mon objectif. Je voulais garder du jus pour la suite. Et ça a payé.

À l’arrivée, je récupère ma médaille en bois, puis je prends enfin le temps de boire et de manger. J’avais emporté une flasque de 500 ml de boisson énergétique et deux gels « au cas où ». Je n’ai finalement utilisé aucun gel et seulement complété ma flasque avec un gobelet d’eau au premier ravitaillement.

Les conditions étaient bonnes, mais le soleil commençait tout de même à se faire sentir.

Une course que je recommande sans hésiter

La Course Eiffage du Viaduc de Millau est une course à part.

Sportivement, ce n’est ni un trail ni une course sur route classique. Le parcours est suffisamment vallonné pour demander de gérer son effort, mais l’intérêt est ailleurs : cette possibilité de courir pendant près de 5 km sur une autoroute fermée, dont 4,92 km sur le viaduc, est exceptionnelle.

Et surtout, l’épreuve n’a lieu que tous les deux ans. Cette rareté participe forcément à son attrait. L’autoroute et le viaduc sont exceptionnellement fermés pour permettre aux coureurs de vivre cette expérience.

Après avoir couru sur des sentiers, des routes, des pistes et des cols, je peux donc maintenant ajouter une nouvelle case à ma liste : j’ai couru sur une autoroute.

Et pas n’importe laquelle. J’ai couru sur le viaduc de Millau.

Pour une première course sur route depuis longtemps, je pouvais difficilement rêver d’un terrain de jeu plus original.

Un grand merci à Eiffage, à l’organisation de la Course Eiffage du Viaduc de Millau, ainsi qu’à l’agence North pour cette invitation. Cette 8e édition a confirmé ce que son concept laisse imaginer : c’est autant une course à vivre qu’une course à courir.

Greg Runner

Diplômé en Sciences du Sport (STAPS) et ancien pigiste pour La Voix des Sports, Grégory combine une expertise technique du matériel (affinée chez Adidas) et une solide expérience du terrain. Rédacteur et testeur running depuis plus de 15 ans, ce touche-à-tout décrypte l'actualité de la course à pied sous toutes ses formes. Des 10 km locaux aux exigences extrêmes du Marathon des Sables, du Semi de Paris aux sentiers techniques de l'UTMB, il transmet sa passion du dossard à travers des analyses rigoureuses et des tests sans filtre pour les passionnés de performance.

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