La Lavaredo Ultra Trail 2026 entre dans la légende : records, exploits et émotions au cœur des Dolomites
Il existe des courses qui marquent une saison. Et puis il y a celles qui marquent l’histoire du trail. Cette année, la Lavaredo Ultra Trail by UTMB a clairement basculé dans cette deuxième catégorie. Pendant quatre jours, les sentiers des Dolomites ont offert un spectacle permanent, entre records pulvérisés, duels haletants et paysages toujours aussi irréels. Du 10 km découverte jusqu’à la mythique 120 km, chaque épreuve a raconté sa propre histoire.
S’il fallait retenir une image de cette édition 2026, ce serait sans doute celle d’athlètes courant à pleine vitesse sous les falaises des Tre Cime di Lavaredo, dans une ambiance digne des plus grands rendez-vous du trail mondial. Mais derrière les chronos impressionnants, cette Lavaredo confirme surtout une tendance que l’on observe depuis plusieurs saisons : le niveau international continue de grimper à une vitesse folle.
Pour nous, passionnés de trail, la Lavaredo reste un rendez-vous à part. Parce qu’elle mêle l’exigence d’un parcours de montagne authentique à une organisation devenue une référence du circuit UTMB World Series. Parce qu’ici, chaque kilomètre est une carte postale… mais aussi un juge impitoyable.
Retour sur un week-end qui restera comme l’un des plus beaux de l’histoire de la course.
La Lavaredo continue de changer de dimension
Avec près de 6 000 coureurs venus de 93 pays, la Lavaredo confirme qu’elle fait désormais partie des très grands rendez-vous mondiaux du trail. Mais ce qui frappe le plus n’est plus seulement son succès populaire. C’est l’incroyable densité des plateaux élites.
En quelques années, les meilleurs trailers de la planète ont fait de Cortina d’Ampezzo un objectif majeur de leur saison. Les records tombent désormais presque chaque année, les batailles se jouent à très haute intensité et les écarts entre les favoris deviennent de plus en plus faibles.
Cette édition 2026 en est probablement la plus belle illustration. Avant même que les stars de la 120 km ne prennent le départ au cœur de la nuit, les premières courses avaient déjà donné le ton.
Daniel Pattis affole les chronos sur la 50 km
Le vendredi matin, la 50 km ouvrait les hostilités.
Dès les premiers kilomètres, deux hommes décident d’élever le rythme : l’Italien Daniel Pattis et Nadir Maguet. Les deux spécialistes restent ensemble jusqu’au mythique Passo Giau, offrant un duel spectaculaire sur les sentiers des Dolomites.
Puis la course bascule.
Profitant d’un léger passage à vide de son rival, Daniel Pattis accélère progressivement. Kilomètre après kilomètre, l’écart grandit jusqu’à transformer les derniers kilomètres en cavalier seul vers Cortina.
Le chrono est exceptionnel : 4 h 00 min 51 s.
Au-delà de la victoire, l’Italien s’offre le record de l’épreuve, preuve que même sur un parcours aussi technique, les références continuent de tomber. Derrière lui, Nadir Maguet conserve une belle deuxième place devant Lorenzo Rota Martir.
À mon sens, cette performance symbolise parfaitement l’évolution du trail moderne. Les meilleurs coureurs sont aujourd’hui capables de maintenir des allures impressionnantes sur des terrains qui, il y a encore quelques années, étaient considérés comme exclusivement techniques.
Malen Osa Ansa réussit des débuts parfaits
Chez les femmes, la bataille n’aura pas été moins passionnante.
Pour sa première participation à la Lavaredo, l’Espagnole Malen Osa Ansa n’a pas mis longtemps à comprendre les exigences des sentiers italiens.
Face à Patricia Pineda Cornejo, les deux athlètes se neutralisent pendant une grande partie de la course. Impossible de les départager jusqu’au passage du Rifugio Croda da Lago.
Puis vient la longue descente vers Cortina.
C’est là que Malen Osa Ansa fait parler sa technique. Elle accélère au meilleur moment, creuse un écart décisif et s’offre une victoire de prestige en 4 h 46 min 23 s. Patricia Pineda Cornejo termine à moins de trois minutes, tandis que la Slovaque Silvia Schwaiger complète le podium.
Cette course rappelle une vérité souvent oubliée en trail : gagner ne consiste pas uniquement à grimper vite. Les descentes font souvent toute la différence, surtout lorsque les jambes commencent à fatiguer.
La nuit peut commencer
Pendant que les vainqueurs de la 50 km savourent leur succès sur Corso Italia, toute l’attention se tourne déjà vers l’événement que tout le monde attend.
À 23 heures, plus de 1 500 ultra-traileurs s’apprêtent à s’élancer sur la mythique Lavaredo 120K.
Une course qui va, elle aussi, entrer dans la légende.
Une 120 km d’anthologie : Namberger et Budha repoussent les limites
Il est 23 heures lorsque Corso Italia s’embrase.
Des milliers de spectateurs se massent de chaque côté de la rue principale de Cortina d’Ampezzo. Les frontales dessinent une immense vague lumineuse tandis que résonnent les premières notes de L’Estasi dell’Oro d’Ennio Morricone. Peu de départs offrent une telle intensité. Peu d’ultras peuvent se vanter d’une ambiance comparable.
Devant eux, 120 kilomètres, près de 5 800 mètres de dénivelé positif et une longue nuit à travers les Dolomites. Au petit matin, cette édition 2026 aura pourtant déjà trouvé sa place parmi les plus grandes de l’histoire de la Lavaredo.
Hannes Namberger, le roi incontesté de la Lavaredo
Certains coureurs entretiennent une relation particulière avec une course.
Pour Hannes Namberger, la Lavaredo est bien plus qu’un objectif. C’est presque son royaume.
Déjà vainqueur à trois reprises, l’Allemand revient cette année avec l’ambition d’écrire une nouvelle page de son histoire personnelle. Mais rien ne lui sera offert.
Durant toute la première moitié de course, Andreas Reiterer et Tobias Geiser refusent de céder le moindre centimètre. Les trois hommes avancent quasiment roue dans roue, imprimant un rythme que peu d’ultra-traileurs seraient capables de soutenir. Jusqu’à Misurina, impossible de savoir lequel prendra finalement l’avantage.
Puis vient le moment où les très grands champions font parler leur expérience.
Namberger hausse progressivement le rythme. Pas une attaque brutale. Plutôt une accélération continue, presque imperceptible, mais impossible à suivre. Mètre après mètre, il construit son avance avant de transformer les derniers kilomètres en une démonstration.
Le chrono est à la hauteur de sa prestation.
11 h 45 min 31 s.
Une quatrième victoire sur la Lavaredo… et un nouveau record de l’épreuve, abaissé de plus de quatre minutes.
L’image qui résume les valeurs du trail
Pourtant, l’image que beaucoup retiendront ne sera peut-être pas celle de la victoire.
Elle arrive quelques minutes plus tard.
Andreas Reiterer et Tobias Geiser, amis de longue date, comprennent rapidement qu’ils ne reprendront jamais Namberger. Plutôt que de se livrer un sprint sans merci, ils choisissent une autre voie.
Les deux hommes franchissent la ligne main dans la main, partageant volontairement la deuxième place.
Dans une discipline où l’on parle souvent de dépassement de soi, cette arrivée symbolise aussi ce qui fait la richesse du trail : le respect, l’amitié et la montagne avant tout.
Ce sont des images comme celle-ci qui expliquent pourquoi notre sport conserve une identité unique malgré sa professionnalisation.
Sunmaya Budha renverse une course que tout le monde croyait jouée
La course féminine offre un scénario totalement différent.
Pendant de longues heures, Lucy Bartholomew semble maîtriser les débats. L’Australienne imprime son rythme et paraît filer vers la victoire.
Mais sur un ultra, rien n’est jamais acquis.
À partir du Passo Giau, la Népalaise Sunmaya Budha change de dimension. Son allure ne faiblit pas alors que beaucoup commencent à gérer la fatigue. Kilomètre après kilomètre, elle grignote son retard jusqu’à revenir sur Bartholomew près du Rifugio Croda da Lago.
Le dépassement est implacable.
Une fois en tête, Budha ne regarde plus derrière elle. Elle accélère encore jusqu’à Cortina où elle s’impose en 13 h 33 min 18 s.
Au-delà de la victoire, elle efface un record qui résistait depuis plus de dix ans, celui établi par Caroline Chaverot en 2015. Un exploit qui mesure à lui seul le niveau exceptionnel atteint par cette édition 2026.
Quand les records tombent les uns après les autres
À la fin de cette nuit de course, un constat s’impose. Le trail continue d’évoluer à une vitesse impressionnante. Après le record de Daniel Pattis sur la 50 km, ce sont désormais les références de la 120 km masculine et féminine qui tombent à leur tour.
Les parcours n’ont pourtant pas changé.
Les Dolomites restent aussi exigeantes.
La différence vient des athlètes eux-mêmes. Préparation physique, stratégie nutritionnelle, gestion de course, matériel… chaque détail est désormais optimisé. Le très haut niveau du trail ressemble de plus en plus aux sports d’endurance les plus exigeants.
Et lorsque cette évolution s’exprime sur un terrain aussi spectaculaire que la Lavaredo, le résultat devient tout simplement inoubliable.
La dernière épreuve du week-end, la 80 km, viendra confirmer cette impression générale : la Lavaredo Ultra Trail 2026 restera comme l’une des éditions les plus rapides et les plus relevées jamais disputées.
La 80 km conclut un week-end exceptionnel
Lorsque les premiers concurrents de la 120 km profitent enfin d’un repos bien mérité, l’histoire de cette Lavaredo Ultra Trail 2026 n’est pas encore terminée.
Le dimanche matin, la 80 km ferme le rideau d’une édition déjà entrée dans les mémoires. Au départ de Val Marzon, les coureurs savent ce qui les attend : 80 kilomètres, 4 600 mètres de dénivelé positif et une arrivée toujours aussi magique sur le Corso Italia de Cortina d’Ampezzo.
Après trois jours de compétition, les jambes sont lourdes chez les bénévoles, les supporters comme les organisateurs. Mais sur la ligne de départ, l’envie est intacte.
Bart Przedwojewski ne laisse aucune ouverture
Chez les hommes, la course ne connaîtra finalement qu’un seul patron.
Dès les premières montées, le Polonais Bart Przedwojewski impose un tempo que personne ne parvient à suivre. Son avance se construit progressivement, sans accélération spectaculaire mais avec une régularité impressionnante.
Une fois installé en tête, il déroule.
Les kilomètres défilent, les refuges aussi, sans que son avance ne soit véritablement menacée. Il franchit finalement la ligne en 7 h 40 min 30 s après une démonstration de maîtrise de bout en bout. Derrière lui, le Français Robin Juillaguet confirme son excellente saison en décrochant une solide deuxième place, tandis que Marcin Rzeszótko offre à la Pologne un deuxième représentant sur le podium.
Cette victoire récompense une stratégie que l’on retrouve souvent chez les meilleurs ultra-traileurs : partir vite, mais jamais au-dessus de ses capacités, avant de maintenir un rythme constant jusqu’à l’arrivée.
Elísa Kristinsdóttir signe l’une des plus belles performances du week-end
La course féminine offre également un très grand spectacle.
L’Islandaise Elísa Kristinsdóttir prend rapidement les commandes et ne les abandonnera plus.
Sa gestion de course impressionne autant que son chrono.
En 8 h 59 min 57 s, elle devient la seule femme à passer sous la barre des neuf heures sur cette édition, preuve d’une domination sans partage sur les sentiers des Dolomites.
Derrière elle, la Française Marie Goncalves réalise une course très régulière qui lui permet de monter sur la deuxième marche du podium. L’Italienne Nicol Guidolin complète le top 3 sous les applaudissements d’un public acquis à sa cause.
Là encore, la densité du plateau confirme que le niveau du trail féminin continue de progresser à grande vitesse.
Une édition qui confirme un nouveau visage du trail mondial
En refermant cette dix-neuvième édition, difficile de ne pas mesurer le chemin parcouru par la Lavaredo.
Longtemps considérée comme une grande classique européenne, elle est désormais devenue un rendez-vous incontournable du calendrier mondial.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : près de 6 000 coureurs, 93 nationalités représentées, des records battus sur plusieurs formats et des plateaux élites qui n’ont plus rien à envier aux plus grandes courses de la planète.
Mais réduire cette édition 2026 à une succession de chronos serait une erreur.
Ce que cette Lavaredo raconte avant tout, c’est l’évolution du trail moderne. Les athlètes repoussent leurs limites, les performances deviennent de plus en plus impressionnantes, sans que l’ADN de la discipline ne disparaisse. Les arrivées partagées, les sourires à l’arrivée, le respect entre concurrents et la communion avec un territoire exceptionnel restent au cœur de l’événement.
C’est sans doute cette alliance entre très haut niveau sportif et aventure humaine qui fait de la Lavaredo une course à part.
À mes yeux, peu d’épreuves incarnent aussi bien ce que le trail peut offrir aujourd’hui : des paysages parmi les plus beaux du monde, une organisation exemplaire, une compétition féroce et, malgré tout, cette sensation que chacun vient avant tout chercher une expérience de montagne.
La Lavaredo Ultra Trail by UTMB 2026 s’achève avec plusieurs records, des vainqueurs de très grande classe et des images qui resteront longtemps gravées dans la mémoire des passionnés.
Une chose est certaine : dans les Dolomites, le trail continue d’écrire quelques-unes de ses plus belles pages.
Photos : Camilla Pizzini / Diego Delfavero












Commentaires
Laisser un commentaire