Récits de Course

Marathon du Mont-Blanc : dans la fournaise de Chamonix, une aventure qui m’a rappelé pourquoi j’aime le trail

Le 30 juin 2026 , mis à jour le 30 juin 2026 - 13 minutes de lecture
Marathon du Mont Blanc mon récit

Une préparation semée d’embûches, une chaleur accablante et l’un des plus beaux parcours du monde. En franchissant la ligne d’arrivée du Marathon du Mont-Blanc 2026 en 7 h 49 min 25 s, je n’ai pas seulement terminé une course. J’ai vécu une journée qui résume tout ce que le trail peut offrir : de l’émerveillement, de la souffrance, du partage et une immense satisfaction.

Chaque année, des milliers de trailers rejoignent Chamonix avec des étoiles plein les yeux, attirés par la beauté du massif, la réputation de l’épreuve et l’ambiance unique qui règne pendant tout le week-end.

Mon premier trail de montagne était le Cross du Mont Blanc en 2011. En 2015, je terminais le 80km du Mont Blanc, qui s’appellera plus tard 90km du Mont Blanc, mais qui faisait déjà 90km.

Pourtant, cette année, je n’arrive pas en Haute-Savoie avec l’ambition de battre un record personnel. Cette course représente avant tout un défi. Celui de prendre le départ malgré une préparation loin d’être idéale. Celui d’accepter que les circonstances imposent parfois de revoir ses objectifs. Et surtout, celui de retrouver le plaisir simple d’aller au bout d’une aventure.

Avec le recul, je me rends compte que c’est probablement cette approche qui a rendu cette journée si particulière.

Une préparation où rien ne s’est déroulé comme prévu

Lorsque l’on prépare un marathon de montagne, on imagine des semaines bien structurées, des sorties longues qui s’enchaînent, des séances de dénivelé et une montée progressive en puissance.

Ma réalité a été tout autre.

Au mois de mars, une entorse vient brutalement interrompre ma préparation. Pendant plusieurs semaines, impossible de courir normalement. Il faut laisser le temps à la cheville de cicatriser, accepter de perdre une partie du travail déjà effectué et repartir presque de zéro.

Lorsque je retrouve enfin un rythme plus régulier, ce sont les allergies printanières qui prennent le relais. Respirer devient parfois plus difficile que courir. Les sorties sont moins agréables, moins efficaces, plus fatigantes.

Puis arrive le dernier coup du sort.

À quelques semaines seulement du Marathon du Mont-Blanc, je contracte le Covid. Même si les symptômes restent modérés, impossible de reprendre immédiatement un entraînement sérieux.

Pour cette course, le véritable objectif sera simplement de franchir la ligne d’arrivée.

Curieusement, cette décision enlève aussi une partie de la pression. Je ne viens plus mesurer ma performance. Je viens vivre une expérience.

Une soirée sous les éclairs

La veille de la course, je plante ma tente dans un camping de Chamonix.

Le matériel est prêt depuis plusieurs heures. Les flasques sont remplies, le sac a été vérifié plusieurs fois et le dossard attend patiemment d’être accroché au tee-shirt.

Après le dîner, je profite du calme qui règne encore dans le camping. Puis, vers 20 h 30, le ciel change brusquement de visage. Un orage éclate au-dessus de la vallée.

Le tonnerre résonne contre les montagnes tandis que les éclairs illuminent les sommets. Le spectacle est impressionnant. Pendant quelques minutes, on se demande presque si les conditions permettront de courir le lendemain.

Finalement, je me glisse dans mon duvet avec une étonnante sérénité. Je m’endors presque immédiatement. Comme un bébé.

Lorsque le réveil sonne à 5 h 45, j’ai la sensation d’avoir parfaitement récupéré. La routine d’avant-course peut commencer. Une douche. Un petit-déjeuner sans précipitation. Les derniers réglages du sac. Une ultime vérification du matériel obligatoire. Puis je prends la direction du centre de Chamonix.

L’attente fait partie de la course

Quelques minutes avant le départ
Quelques minutes avant le départ

Le soleil commence tout juste à éclairer les sommets lorsque les rues de Chamonix se remplissent de coureurs. L’ambiance est difficile à décrire.

Certains discutent avec leurs proches. D’autres restent silencieux, déjà plongés dans leur course. Quelques-uns s’allongent une dernière fois sur un trottoir pour économiser leurs jambes.

Je rejoins mon sas. Le cinquième sur six. L’attente est longue…

Les premiers sas s’élancent. À chaque départ, les applaudissements résonnent dans toute la ville. Nous avançons lentement vers la ligne. Jusqu’au moment où le speaker lance le compte à rebours.

Cette fois, il n’y a plus de préparation, plus de doutes, plus de météo, plus de blessures. Seulement un sentier qui s’ouvre devant nous.

Plus qu’une course, une véritable fête du trail

Le Marathon du Mont-Blanc n’est pas seulement une compétition. C’est une immense fête populaire.

Les supporters sont nombreux malgré l’heure matinale. Les habitants sont installés devant leur maison, encourageant le passage des coureurs. Plus loin, des familles entières ont grimpé plusieurs centaines de mètres de dénivelé pour s’installer au bord d’un sentier. Des enfants tendent la main. Les cloches résonnent. Les pancartes rivalisent d’humour.

Mais ce qui me touche le plus et me transporte, c’est cette habitude qu’ont les spectateurs de lire le prénom inscrit sur chaque dossard. « Allez Grégory ! »

Ces deux mots peuvent sembler anodins. Après plusieurs heures d’effort, ils prennent pourtant une toute autre dimension.

Pendant quelques secondes, on oublie la fatigue. On se sent porté. Comme si chacun de ces encouragements nous rapprochait un peu plus de l’arrivée.

Une organisation à la hauteur de sa réputation

La réputation du Marathon du Mont-Blanc ne repose pas uniquement sur son parcours. Elle tient aussi à la qualité de son organisation.

Les ravitaillements sont parfaitement tenus. Les bénévoles affichent un sourire qui ne semble jamais les quitter. Malgré le nombre impressionnant de participants, chacun prend le temps d’un mot d’encouragement, d’un regard bienveillant ou d’une plaisanterie.

Cette énergie est communicative.

On repart de chaque ravitaillement avec l’impression d’avoir rechargé autant son moral que ses flasques.

Je suis encore loin d’imaginer à quel point ces bénévoles deviendront précieux quelques heures plus tard, lorsque la chaleur commencera à transformer la course en véritable épreuve de survie…

Quand l’expérience permet d’éviter le pire

Jusqu’alors, tout se déroule comme je l’avais imaginé. Le parcours n’est pas encore trop exigeant quand j’arrive à Le Tour (13km D+ 652m 1h30 814ème) et les sensations restent bonnes. Je prends le temps d’admirer les paysages, de profiter de l’ambiance et de gérer mon allure. Avec une préparation aussi perturbée, il était hors de question de partir trop vite.

La montée vers les Posettes se passe bien. J’ai les jambes pour marcher vite dans cette montée et je double beaucoup de coureurs qui ont pris le départ dans le sas précédent, 10 minutes avant le miens. Mais quand je redescends vers Vallorcine, je sens les jambes un peu lourdes. Est-ce la chaleur ? Le manque d’entraînement ?

A l’approche du ravito de Vallorcine (23,6km D+1373m 3h29 938ème), les premiers signaux apparaissent pourtant. Quelques contractions dans les mollets. Rien de très marqué, mais suffisamment pour comprendre que les crampes ne sont pas loin.

Je connais ces sensations. Elles ne pardonnent pas si on les ignore.

Plutôt que d’attendre qu’elles s’installent, je décide de réagir immédiatement. Je commence à prendre des comprimés de Sporténine à intervalles réguliers et j’augmente ma consommation de boisson enrichie en électrolytes. Ce n’est pas une recette miracle, mais dans mon cas, cette stratégie fonctionne. Les crampes restent présentes en arrière-plan, puis disparaissent sans jamais devenir un véritable problème.

Cette expérience me rappelle une nouvelle fois qu’en trail, il est souvent plus important d’écouter son corps que de suivre un plan établi à l’avance. Savoir s’adapter fait partie de la course.

La Flégère, là où tout bascule

Chaque trail possède un passage qui marque les esprits. Sur cette édition du Marathon du Mont-Blanc, ce sera incontestablement la montée vers La Flégère.

Sur le papier, elle n’est pas la principale difficulté du parcours ; la monté des Posettes était plus longue et plus raide. Mais cette année, la chaleur transforme cette partie de la course en un véritable juge de paix.

Le soleil est désormais au plus haut. L’air est lourd. La moindre portion exposée donne l’impression de marcher dans un four. Très rapidement, je comprends que la difficulté ne vient plus uniquement du dénivelé.

Mon organisme commence à lutter contre la chaleur.

Je transpire abondamment, mais j’ai le sentiment que cela ne sert plus à grand-chose. Les vêtements sèchent en quelques minutes seulement. À chaque arrêt, je cherche instinctivement un coin d’ombre ou un souffle d’air un peu plus frais. Autour de moi, je constate que je ne suis pas un cas isolé. Beaucoup de coureurs avancent au ralenti. Certains sont assis sur une pierre, d’autres contre un arbre. Les regards en disent long sur la difficulté du moment.

L’organisation, elle aussi, a parfaitement compris la situation.

Des points d’eau supplémentaires ont été installés sur le parcours. Les bénévoles ne se contentent plus de remplir les flasques. Ils arrosent les coureurs, mouillent les casquettes, les bras, les jambes. Chaque jet d’eau procure un soulagement immédiat… qui ne dure malheureusement que quelques minutes.

À peine repartis, nous sommes déjà secs.

Le corps dit stop

C’est également dans cette montée que l’alimentation devient un vrai problème.

Depuis plusieurs kilomètres, manger demande presque autant d’efforts que courir. J’ai le bide en vrac. La chaleur coupe complètement l’appétit. Les gels passent difficilement. Les aliments solides encore plus.

Je continue pourtant à boire le plus régulièrement possible, conscient que l’hydratation est devenue prioritaire. Avec le recul, je pense ne pas être passé très loin de l’hypoglycémie.

Les jambes répondent toujours, mais l’énergie disparaît progressivement. Chaque lacet semble identique au précédent. Chaque faux sommet laisse apparaître une nouvelle montée. Le temps paraît s’étirer.

Dans ces moments-là, on cesse de penser à l’arrivée. On se concentre uniquement sur le prochain virage. Puis sur le suivant.

Avancer, un pas après l’autre.

Une solidarité silencieuse

Dans la difficulté, quelque chose de particulier se crée entre les coureurs.

Personne ne cherche réellement à dépasser les autres. Les écarts de niveau s’effacent devant les conditions extrêmes. Chacun mène son propre combat.

Les regards remplacent souvent les mots.

Un simple « Ça va ? » lancé en croisant un autre participant assis sur le côté prend une importance étonnante.

On se laisse passer lorsque l’autre semble un peu plus fort. On échange quelques mots au détour d’un arrêt à l’ombre. On plaisante parfois sur cette chaleur qui semble ne jamais vouloir nous laisser tranquilles. C’est aussi cela, le trail.

La dernière montée au soleil est longue, difficile. Je suis au ralenti. Et quand j’atteins le ravito de la Flégère sous les jets d’eau (35,6km D+ 2404 6h26min 1081ème).

Je bois du coca, je mange plusieurs morceaux de fruits et je quitte ce poit d’arrêt. J’ai froid. Mouillé et dans les courants d’air, mon corps a pu se refroidir.

Une descente qui demande de rester vigilant

Lorsque le sommet de La Flégère est enfin derrière moi, un immense sentiment de soulagement m’envahit. Pour autant, la course est loin d’être terminée.

Les descentes du Marathon du Mont-Blanc exigent elles aussi beaucoup de lucidité. Après plusieurs heures d’effort, les jambes sont moins précises, les réflexes un peu plus lents et les appuis moins sûrs.

Les chutes deviennent plus fréquentes. J’en vois plusieurs dans les derniers kilomètres.

L’une d’elles me marquera particulièrement. Quelques mètres devant moi, une coureuse glisse sur un passage exposé. Pendant une fraction de seconde, elle semble partir dans le vide. Heureusement, un concurrent qui la doublait au même moment parvient à la retenir avant qu’elle ne bascule.

La scène est rapide, mais elle rappelle à quel point la montagne exige de rester concentré jusqu’au dernier kilomètre.

Chamonix, enfin

Puis, au détour d’un sentier, la route. Chamonix réapparaît. Ce moment est toujours particulier.

Après plusieurs heures passées en montagne, retrouver progressivement la ville donne le sentiment de revenir d’un long voyage. Les derniers mètres semblent interminables.

Les jambes sont lourdes. La fatigue est bien présente. Pourtant, à mesure que je me rapproche de l’arrivée, une nouvelle énergie apparaît.

Les spectateurs sont de plus en plus nombreux. Les applaudissements accompagnent chaque foulée. Les bénévoles encouragent tous les coureurs avec la même intensité, qu’ils jouent la victoire ou qu’ils terminent plusieurs heures plus tard.

Cette ambiance fait oublier, l’espace d’un instant, tout ce qui a précédé. Lorsque j’entre dans la dernière ligne droite, je prends quelques secondes pour regarder autour de moi. Je savoure. J’harangue la foule qui m’acclame à mon passage

Après tous les pépins de préparation, après la chaleur, après les doutes de La Flégère, je suis en train de terminer le Marathon du Mont-Blanc.

Je franchis finalement la ligne d’arrivée en 7 h 49 min 25 s, à la 1 042e place.

Étrangement, à mon arrivée, je ne pense ni à mon classement ni à mon temps. Je ressens surtout un immense soulagement. Et une grande fierté d’avoir pu aller au bout, malgré tout ça…

Une journée qui me marquera pour longtemps

Deux jours après la course, certains souvenirs sont déjà un peu flous. En revanche, d’autres restent gravés avec une étonnante précision.

Je me souviens de l’émotion qui montait lentement dans le sas de départ.

Je me souviens des panoramas exceptionnels qui donnent parfois envie de s’arrêter quelques secondes simplement pour contempler le massif du Mont-Blanc.

Je me souviens des chemins techniques et caillouteux de la seconde moitié du parcours.

Je me souviens des bénévoles qui nous arrosaient sans relâche dans la montée de La Flégère.

Je me souviens des cloches, des pancartes et de tous ces inconnus qui prenaient le temps d’encourager chaque coureur par son prénom.

Je me souviens aussi que, dans les moments les plus difficiles, personne n’était réellement seul.

Finalement, cette course m’a rappelé quelque chose que l’on oublie parfois lorsque l’on parle de performance ou de classement.

Le trail n’est pas seulement une affaire de chronomètre.

C’est une aventure.

Une succession de paysages, de rencontres, de doutes, d’efforts et d’émotions que l’on ne retrouve nulle part ailleurs.

Le Marathon du Mont-Blanc fait incontestablement partie de ces courses que l’on termine avec des jambes fatiguées, mais avec la certitude d’avoir vécu bien plus qu’une simple compétition.

Et c’est précisément pour cela que, malgré la chaleur, malgré les difficultés et malgré cette préparation loin d’être idéale, je sais déjà que cette journée restera comme l’un de mes plus beaux souvenirs de trail.

Greg Runner

Diplômé en Sciences du Sport (STAPS) et ancien pigiste pour La Voix des Sports, Grégory combine une expertise technique du matériel (affinée chez Adidas) et une solide expérience du terrain. Rédacteur et testeur running depuis plus de 15 ans, ce touche-à-tout décrypte l'actualité de la course à pied sous toutes ses formes. Des 10 km locaux aux exigences extrêmes du Marathon des Sables, du Semi de Paris aux sentiers techniques de l'UTMB, il transmet sa passion du dossard à travers des analyses rigoureuses et des tests sans filtre pour les passionnés de performance.

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